Partie 3.5
Comment arriver à renouer avec le passé, mieux vivre le moment présent et entrevoir l’avenir de manière plus positive?
Donner un sens à son expérience
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Intégrer le vécu émotif du traumatisme
Il est reconnu que la première étape, lorsque nous entamons un processus de guérison, est de reconnaître la problématique et de prendre le temps de faire des liens entre notre vécu et les conséquences présentes dans notre vie. Plusieurs processus thérapeutiques invitent donc les usagers à s’assoir et à rédiger par écrit leur expérience. Afin d’aller le plus en détail possible, nous t’invitons à prendre le temps nécessaire, cela peut même être étalé sur plusieurs jours, afin de faire l’inventaire de ton vécu (émotions, sentiments, sensoriels, pensées). Comme nous l’avons vu (Voir Mémoire traumatique), lors d’un évènement traumatique, le corps peut dégager des hormones en vue de se protéger contre un niveau de stress risquant d’être toxique pour l’organisme, ce qui place le sujet en état de dissociation psychique. Par dissociation, il est entendu les moments où l’individu se sent dépossédé du contrôle de son corps (dépersonnalisation) “on dirait que quelqu’un avait pris possession de mon corps“, ou se sent spectateur de la scène dans laquelle il est impliqué (déréalisation) “c’est comme si je regardais un film se dérouler devant mes yeux“. Ces périodes dissociatives entraînent une absence d’intégration en mémoire des souvenirs entourant l’abus et la “charge émotive” associée au trauma, lorsque non associée en mémoire, est responsable des symptômes traumatiques de reviviscence et d’hyperactivité motrice (mouvement d’anxiété exprimé à travers le corps).
Afin de comprendre les réactions disproportionnées, les pensées envahissantes et les comportements problématiques que tu vis, nous t’invitons à rédiger ton expérience, afin que le lien entre ton « ressenti émotif » et sensoriel (visuel, auditif, olfactif), ainsi que le contexte l’ayant activé soit à nouveau associé en mémoire sous la forme d’une narration autobiographique. En résumé, les perturbations somatiques engendrées par le traumatisme nécessitent une verbalisation pour leur donner un sens, en comprendre la signification, en extraire le message qu’elles cherchent à exprimer et les faires disparaître. La majorités des pathologies somatiques (symptômes exprimés à travers le corps), lorsque déchiffrées et reconnues par le sujet, disparaissent par elles-mêmes. Mais la reconnaissance ne consiste pas en une connaissance rationnelle, mais davantage en une reconnaissance émotionnelle.
Plonger dans des évènements traumatiques peut être difficile et raviver des émotions intenses. Il est donc important de t’écouter et d’aller à ton rythme si tu ressens le besoin de t’arrêter. Avant d’entamer un processus de réflexion entourant des évènements traumatiques, il est conseillé d’apprendre à reconnaître ses émotions et à développer des techniques de gestion émotionnelle. Un trauma ne se travaille pas rationnellement. Il doit être vécu émotionnellement afin de permettre l’expression de ce qui à été conservé à l’intérieur.
Voici quelques questions à envisager pour ton récit;
- Comment ça a commencé (qui, quand, comment), l’évolution de la situation.
- L’abuseur : Comment était notre relation (avant, pendant, après)?
- Les émotions : Ce que j’ai ressenti? Comment j’ai géré mes affects (réprimer, tenter de ne pas y penser, me défouler physiquement, etc.)?
- Divulgation : À qui en ai-je parlé, comment ont-ils réagi? Ce qui m’a décidé à en parler ou à ne pas en parler? Ce que j’espérais qu’il arrive?
- Les proches : Comment mes proches ont agis (face à mon changement de comportement, face à la divulgation)? Ce que j’attendais d’eux?
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Conséquences associées à l’abus
Suite à la lecture des conséquences découlant de l’abus, quelles sont les conséquences que tu penses être en lien avec ton vécu? Notre mémoire, en cherchant à refouler les éléments en lien avec notre traumatisme, peut nous empêcher de voir les liens qui existent. Une technique que tu peux utiliser en vue de faire des liens entre tes symptômes et ton vécu émotionnel, est de tenir un journal. Dès qu’un symptôme se présente, prend en note les éléments émotifs, sensoriels et cognitifs que tu ressens ou perçois. Avec le temps, un “pattern” ressortira à travers les différentes notes entourant tes symptômes.
Conséquences physiques, psychologiques et cognitives
- Trouble du sommeil
- Problématiques sexuelles
- Consommation (d’alcool, de drogue, de médicaments)
- Dépendance (jeux vidéo, télévision, jeux d’argent, sports)
- Comportements obsessifs (TOC, compulsion)
- Symptômes traumatiques en lien avec l’évènement
- Hypervigilance
- Anxiété, phobie (évitement de lieu, de personne, d’émotion en lien avec l’évènement)
- Pensées récurrentes
- Flash-back
- Cauchemars
- Difficultés de concentration
- Symptômes dépressifs
- Fatigue excessive
- Perte d’appétit
- Perte d’intérêt pour des activités aimées autrefois
- Idées suicidaires, conduite à risque, comportements autodestructeurs
- Difficulté dans la gestion de l’agressivité
- Faible estime de soi, sentiment de ne jamais être à la hauteur
- Douleur physique (non expliquée)
Conséquences sociales
- Isolement
- Conflits conjugaux et familiaux
- Difficulté à maintenir des relations harmonieuses
- Incapacité à faire confiance
- Incapacité à mettre tes limites, exprimer tes désirs et besoins
- Tendance à exploiter ou à être exploité par les autres
Sources
DONALD, S. et TIJERINO, A. (2013) Survivants masculins de violence sexuelle○: leurs expériences. Consulté à https://www.justice.gc.ca/fra/pr-rp/jp-cj/victim/rr13_8/rr13_8.pdf
DORAIS, M. (1997). Ça arrive aussi aux garçons. L ’abus sexuel au masculin. Édition
FISHER, A., GOODWIN, R. & PATTON, M. (2009). Les hommes et la guérison : théorie, recherche et pratique dans le travail auprès des victimes masculines d’abus sexuels durant l’enfance. Ottawa, préparé pom l’enquête publique sm Cornwall.
GOLEMAN, D. (1997). L’intelligence émotionnelle: comment transformer ses émotions en intelligence, Trad. T. Piélat, Éditions Robert Laffont, Paris.
GOLEMAN, D. (2013). Les 5 clés pour cultiver son intelligence émotionnelle.: Dunod.
GOUVERNEMENT DU QUÉBEC, (2016). Stratégies gouvernementales pour prévenir et contrer les violences à caractère sexuelle. Repéré à http://www.scf.gouv.qc.ca/fileadmin/Documents/Violences/Brochure_Violences_Sexuelles.pdf
PARENT, A. (2006). Trauma, témoignage et récit: la déroute du sens. Protée, 34(2-3), 113-125.
PHILIPPE, F. L., & Léveillée, S. (2016). Au coeur de la mentalisation : La mémoire épisodique et autobiographique Revue québécoise de psychologie, 37(3), 69-92.
ROTHSCHILD, B. (2008). Le corps se souvient: Mémoire somatique et traitement du trauma: De Boeck Supérieur.
Sujets de la section 3
Facteurs, réactions et conséquences lors de l’agression
3.1.2 La demande d’aide chez les hommes
3.1.3 Interaction entre les deux
3.3 Mon sentiment de bien-être en tant qu’homme