Partie 1.2

Mieux comprendre l’abus sexuel au masculin

Quels sont les mythes et préjugés sur les abus sexuels chez les garçons

Plusieurs mythes et préjugés entourant les agressions sexuelles sont encore véhiculés dans notre société et sont internalisés sous forme d’idée (perception) qui influence nos attitudes et comportements face aux victimes et aux auteurs d’agressions sexuelles. Le « mythe du viol », conception prédéfinie concernant ce qu’est une agression sexuelle, entraîne la majorité des victimes à ne pas reconnaître leur expérience de victimisation comme crédible, puisque sortant des « normes ». Ainsi, 90 % des victimes d’agressions sexuelles ne reportent pas leur vécu aux instances policières par peur de ne pas être crues et le taux de divulgation serait encore plus faible lorsque nous parlons de victimisation masculine en raison de la peur d’être jugé faible et inadéquat associée aux stéréotypes de masculinité (voir Stéréotypes de masculinité).

De fait, lorsque les chercheurs utilisent des définitions utilisant des termes légaux ou des questions telles « avez-vous été victimes d’agression sexuelle, de relation forcée, non volontaire? », les taux de divulgation sont plus faibles que lorsque les questions sont objectives et incluent des questions portant sur des faits et des actions. Lorsque les questions évaluent des expériences concrètes, les individus sont 9 fois plus enclins à identifier des situations où ils ont été victimes de contrainte sexuelle, indiquant que plusieurs ne perçoivent pas les événements comme ayant été une victimisation. Cependant, qu’il y ait reconnaissance ou non de l’expérience comme ayant été une agression sexuelle, les conséquences psychologiques, relationnelles ou autres demeurent présentent.

Le « mythe du viol »

De façon générale, nous concevons le viol comme un acte sexuel incluant une pénétration et un niveau de violence élevé, commise par un individu déviant et psychologiquement instable contre une victime (une femme) ayant été ciblée au hasard et attaquée de façon imprévisible dans une allée sombre. Ce scénario, basé sur l’idée que l’auteur est un être déviant cherchant satisfaction sexuelle, souvent présent dans les films et journaux télévisés, nous renvoie l’idée que si nous sommes prudents le soir, que nous évitons les lieux et les individus dangereux, ces actes ne peuvent nous arriver. Cependant, ce « scénario typique » ne représente pas la réalité.

 

Il existe six éléments permettant de définir la « victime idéale », celle sur qui aucun blâme ne peut être porté;

  • Paraître faible et sans défense (vulnérable).
  • Être jeune (-10 ans) et ne pas reconnaître le caractère abusif de la situation.
  • Avoir résisté l’abus au point où les marques de violences subies sont évidentes.
  • Être une femme, basée sur l’idée qu’un homme peut se défendre.
  • Avoir une apparence socialement impeccable (aucun tatouage, cheveux non colorés, vêtements conventionnels, aucun comportement provocateur…)
  • Le traumatisme vécu est apparent (la victime est psychologiquement effondrée) et dévoile l’abus immédiatement.

 

  • L’auteur est un être déviant/antisocial, violent et toujours un homme.
  • L’attaque était brusque et inattendue, l’agression était inévitable et perpétrée avec une violence extrême.
  • Le lieu où se déroule l’agression (si la victime se trouve dans un lieu où il y a de l’alcool ou tout environnement à risque (forêt seule, party, rencontre seule avec un/des homme(s)), la victime est perçue davantage responsable pour avoir pris des risques).
  • Relation avec l’agresseur : plus l’agresseur est un proche, moins la victime est crue.

Pour chacun de ces éléments, plus le blâme de la victime augmente et plus la responsabilité de l’agresseur est remise en question. La seule fonction de ces mythes est de transférer la responsabilité de l’agression sur la victime et de déresponsabiliser l’auteur.

La réalité entourant les agressions

Vous l’aurez deviné, la conception sociale du viol véhiculée dans la société refuse le statut de victime à la majorité des individus ayant subi une agression. En réalité, l’agression est commise dans 80 % des cas par une personne connu de la victime (une connaissance, un(e) ami(e), un père, un oncle, une tante, un(e) ami(e) de la famille, etc.), dans un endroit familier, le plus souvent au domicile de la victime, en pleine après-midi. Dans la majorité des cas, tant envers les adultes que les enfants, l’agression ne présentait pas de violence physique, mais était plutôt empreinte d’une insistance malgré les refus, de chantage et de la manipulation. De plus, les enfants sont généralement abusés par des proches et tardent généralement à divulguer l’abus par peur de ne pas être crus ou d’être blâmés. Peur justifiée puisqu’une étude  a démontré que 63 % des parents son non-supportant vis-à-vis de leurs enfants et adoptent des comportements accusateur et colérique suivant une divulgation.

Malgré le fait que les connaissances actuelles sur les agressions sexuelles ne cessent de prouver que le « mythe du viol » est faux, ce construit social ne cesse de demeurer présent dans l’idée populaire et empêche la majorité des victimes de reconnaître leur victimisation comme légitime et de demander de l’aide. Mais quels sont les mythes spécifiquement associés aux hommes?

Le CRH Optimum en collaboration avec le CAVAC Saguenay-Lac-Saint-Jean vient de débuter une campagne de sensibilisation sur les mythes entourant l’agression sexuelle chez les hommes afin de sensibiliser et d’informer la population sur la réalité des agressions sexuelles. La campagne se déroulera de juin à décembre 2021.

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