Partie 1.6

Mieux comprendre l’abus sexuel au masculin

Les communautés à risque

 

La communauté LGBT+

Bien que tout individu soit à risque d’être, un jour ou l’autre, victime d’agression sexuelle, les personnes de la diversité sexuelle ou de genre sont plus à risque que celles s’identifiant comme étant hétérosexuelles et/ou cisgenres. En moyenne, les études démontrent que les hommes gais ou bisexuels sont deux fois plus à risque d’être victime d’une agression sexuelle que les hommes hétérosexuels. De plus, une étude a démontré qu’en Ontario, 20 % des personnes Trans ont été agressées physiquement et/ou sexuellement. Plusieurs facteurs peuvent être soulignés concernant la plus grande vulnérabilité d’être victime d’acte criminel dans la communauté LGBT+, soit : l’orientation sexuelle ou l’identité de genre comme source de discrimination et de préjugés ou encore, le flou de la notion de consentement en lien avec la liberté sexuelle.

Mythes et réalités :

Nous avons vu certains mythes et réalités liés aux agressions sexuelles commises sur les hommes. Il en va de soi qu’ils sont aussi valables pour les personnes de la diversité sexuelle. Par contre, d’autres mythes affectent les membres de la communauté LGBT+. En voici quelques-uns :

Les personnes trans sont hypersexuelles, donc ne peuvent pas se faire agresser sexuellement; La pornographie peut représenter une fausse image de la sexualité des personnes trans. Elles peuvent être perçues comme étant ‘’prêtes à tout’’ et relayées au titre d’objet sexuel pouvant être utilisé pour satisfaire les besoins masculins. Ces fausses perceptions peuvent banaliser la nécessité d’obtenir un consentement de la personne lors d’un rapport sexuel.

– Un homme gai ou bisexuel violé par un autre homme a dû « aimer ça »; Plusieurs études évaluant le blâme envers les victimes d’agression sexuelle ont démontrées que l’orientation sexuelle de la victime, principalement lorsqu’il s’agit d’un homme, influence le niveau de responsabilité attribué à la victime. Les hommes homosexuels agressés par un homme ou un homme hétérosexuel agressé par une femme sont ceux recevant le moins de sympathie lorsqu’ils divulguent une agression. Les victimes masculines d’agression sexuelle qui sont homosexuelles ou bisexuelles rapportent souvent s’être fait dire qu’elles ont dû « aimer ça », ou encore que ce n’était qu’une initiation à la sexualité. Pourtant, on ne dirait pas à une femme hétérosexuelle qu’elle a dû aimer se faire agresser par un homme, même si elle est sexuellement attirée par les hommes. En plus de banaliser l’agression sexuelle vécue, ce mythe est particulièrement destructeur pour les hommes. Un jeune homme gai ou en questionnement peut redouter que l’agression sexuelle soit interprétée comme une initiation à la sexualité homosexuelle ou d’être soupçonné d’avoir « séduit » l’auteur de celle-ci. Pour ne pas avoir à entendre ces propos désobligeants et ces insultes, certains cachent l’agression sexuelle vécue.

– L’orientation sexuelle ou de l’identité de genre est le résultat d’une agression sexuelle subie; Les personnes de la diversité sexuelle et de genre se heurtent régulièrement à ce mythe lors de consultations avec des professionnels, à la suite d’un dévoilement. Leur orientation sexuelle ou leur identité de genre est vue comme une conséquence de l’agression sexuelle et en conséquence de ce mythe, ils se sentent contraints de ne divulguer que l’un des éléments (victimisation sexuelle ou orientation/identité sexuelle) lorsqu’ils entrent en consultation auprès d’un professionnel, ce qui risque de diminuer l’efficacité de l’aide reçue.

– Les agressions sexuelles au sein d’un couple du même sexe, ça n’existe pas. La banalisation de la violence, y compris sexuelle, est présente au sein des couples de même sexe et est empreinte de préjugés. Par exemple, dans une relation hétérosexuelle, il est courant de croire que l’homme est nécessairement l’agresseur et la femme la victime. Si on le transpose aux relations entre partenaires de même sexe, les préjugés hétérosexistes peuvent biaiser l’interprétation d’une situation violente basée sur le degré de « féminité » d’un homme et de « masculinité » d’une femme.

Ces mythes, ainsi que plusieurs autres, sont encore aujourd’hui véhiculés dans notre société, tant au sein des personnes s’identifiant comme étant hétérosexuelles et/ou cisgenres, que des personnes de la diversité sexuelle. Malheureusement, ce genre de croyances peut être un frein important quant au dévoilement d’une agression sexuelle. De plus, ces fausses croyances peuvent avoir un impact sur la vision que la personne LGBT+ a par rapport à sa situation.

Facteurs de vulnérabilité :

Lorsqu’un homme a été ou est victime d’une agression sexuelle, plusieurs facteurs de vulnérabilité entrent en ligne de compte quant à leur situation. Certains facteurs sont, quant à eux, propres aux personnes de la diversité sexuelle et cela est directement lié à leur identité de genre. En effet, l’un des facteurs de vulnérabilité que nous pouvons voir chez les personnes LGBT+ est l’isolement dû à l’absence du « coming-out » ou d’un rejet intérieur. Puisque certaines personnes issues de la diversité sexuelle n’en ont jamais parlé ouvertement à leur entourage, ces personnes peuvent se sentir mal à l’aise d’aller chercher du réconfort auprès de leurs proches voulant, de ce fait, ne pas dévoiler leur orientation sexuelle et/ou leur identité de genre par peur d’être rejetées. Par ailleurs, l’isolement dû à la localisation géographique et à des services limités peut être un second facteur de vulnérabilité quant à leur dévoilement. Effectivement, le manque d’organismes communautaires offrant des services spécifiques aux personnes LGBT+ peut être un frein à demander de l’aide et donc, accroître un sentiment d’isolement et de détresse.

Définition des termes utilisés
  • Bisexualité : Attirance sexuelle, à des degrés différents, pour des personnes de sexe masculin et de sexe féminin.
  • Cisgenre (personne) : Personne dont l’identité de sexe et l’identité de genre correspondent respectivement au sexe attribué à la naissance et au genre traditionnellement attendu chez les individus de ce sexe (par exemple, un homme masculin, une femme féminine, etc.)
  • Cissexisme ou Cigenrisme : Préjugé selon lequel toute personne est ou devrait être cisgenre (jusqu’à preuve du contraire), et que le fait d’être cisgenre est supérieur ou préférable au fait d’être Transgenre.
  • Hétérosexisme : Attitude présumant que toute personne est ou devrait être hétérosexuelle (jusqu’à preuve du contraire et affirmation de l’hétérosexualité comme étant supérieure ou préférable aux autres orientations sexuelles.)
  • Homophobie : Ensemble des attitudes préjudiciables envers les gais (gayphobie), les lesbiennes (lesbophobie) ou les personnes bisexuelles (biphobie) et de façon plus générale envers tout ce qui suggère ou donne à voir l’homosexualité.
  • Homosexualité : Attirance sexuelle plus ou moins exclusive pour des personnes du même sexe que soi.
  • Identité de genre : Genre auquel une personne s’identifie, sans égard à ce qui apparaît sur son acte de naissance (sexe assigné à la naissance); c’est un sentiment profond et intime. Pour cette raison, seule la personne peut affirmer son identité (auto-identification) et s’engager, s’il y a lieu, dans un parcours de transition qui lui convient.
  • Non-binaire au genre fluide, bigenre ou de genre queer (personne) : Personne qui conteste ou transgresse les normes binaires et les stéréotypes de genre, que ce soit dans un objectif de libération personnelle ou de contestation artistique, sociale ou politique.
  • Orientation sexuelle : Attirance érotique préférentielle ou exclusive. Peut être déterminée par les désirs, les conduites sexuelles ou l’appartenance identitaire d’une personne. Notons que ces éléments peuvent ne pas se conjuguer chez une même personne (on peut, par exemple, avoir des désirs homosexuels et des pratiques hétérosexuelles, ou vice versa)
  • Trans (personne) : Terme générique qui peut englober des personnes transsexuées, transgenres, aux-deux-esprits, intersexuées ou encore de genre non-binaire ou fluide.
  • Transphobie : Ensemble des attitudes préjudiciables aux personnes Trans.
Ressources

Membres des Premières Nations et Inuits

Statistiques :
Contrairement aux différentes clientèles des hommes ayant été victimes d’agression sexuelle à l’enfance, les hommes membres des Premières Nations et des Inuits restent la clientèle la plus élevée ayant été victime. Saviez-vous que, de 25 % à 50 % des adultes membres des Premières Nations et des Inuits ont été victimes d’agression sexuelle alors qu’ils étaient enfants? Il est toutefois difficile de dresser un portrait juste de la problématique de violence vécue au sein des membres des Premières Nations et des Inuits, et de faire des comparaisons avec d’autres groupes étant donné le peu de données actuellement disponibles. Par contre, il est important de comprendre les raisons qui font que le pourcentage de leur population soit si élevé.

Les pensionnats, les écoles résidentielles et les externats fédéraux; une transmission intergénérationnelle du traumatisme :

Les nombreuses injustices et formes d’oppression imposées par le gouvernement canadien, dont les pensionnats, étaient destinées de manière explicite à éliminer les peuples autochtones ‘’ jusqu’à ce qu’il ne reste plus un seul Indien au Canada qui n’ait pas été absorbé dans la société ’’.

Ces formes d’oppression ont amené les membres des Premières Nations et les Inuits à développer des stratégies compensatoires qui se sont transmises de génération en génération. Bien que la plupart des enfants des membres des communautés autochtones d’aujourd’hui n’aient pas vécu les pensionnats, ceux-ci peuvent avoir développé des symptômes similaires à ceux de leurs parents et reproduire leurs stratégies compensatoires. En effet, la plupart des parents ayant vécu le traumatisme ont développé des symptômes à la suite de celui-ci, en plus de stratégies compensatoires pour pallier ces symptômes. Certains d’entre eux, inversement, ont su développer certaines stratégies d’adaptation positive, compte tenu de la présence de facteurs de protection tel que le soutien de l’entourage avant l’entrée au pensionnat. De nos jours, les derniers survivants de pensionnats sont plus âgés (40 ans et +), mais le patrimoine de souffrance qu’a laissé cette époque est toujours présent.

La commission de vérité et réconciliation du Canada a révélé qu’un grand nombre d’enfants ont été victimes d’agression sexuelle dans les pensionnats indiens. Plus de 150 000 enfants ont fréquenté les pensionnats. Ces événements ont entraîné un niveau élevé de détresse collective et de deuil; plusieurs pertes de repères culturels; rupture du lien d’attachement; de la violence; de la consommation de substance et des décès. Cette souffrance collective affecte également le réseau de soutien et les ressources disponibles dont dispose chaque individu. Les enfants qui ont vécu dans les pensionnats, les écoles résidentielles et les externats fédéraux ont été isolés de leur famille et ont souvent vécu de la violence.

Traumatismes intergénérationnels

Témoignages

Facteurs de vulnérabilité:

Il existe plusieurs facteurs de vulnérabilité reliés à la personne et aux conditions socio-économiques qui peuvent rendre les membres des Premières Nations et les Inuits plus vulnérables aux agressions sexuelles. Dans un premier temps, l’histoire de vie de l’entourage de la personne est un facteur à prendre en considération. Avoir un bon lien d’attachement, ainsi que des parents sont des facteurs de protection importants reliés à l’agression sexuelle. Malheureusement, ces facteurs de protection ont été affectés par les séquelles laissées par les pensionnats, les externats fédéraux et les écoles résidentielles. Un autre facteur de vulnérabilité que nous pouvons considérer est celui de la victimisation sexuelle des parents. Considérant qu’un grand nombre de mères et de pères ont été victimes d’agressions sexuelles dans l’enfance, les enfants membres des Premières Nations et les Inuits peuvent être plus vulnérables à cette problématique. Le troisième facteur de vulnérabilité à prendre en ligne de compte est celui de la cohabitation avec la famille élargie dans les communautés. La qualité de vie des résidents peut s’en trouver affectée et cela peut contribuer à l’augmentation du risque de violence sexuelle. Puisque dans certains endroits il y a une capacité de 10 personnes par résidence, il en va de soi que l’intimité de chacun peut être difficile à respecter.

Dans certaines communautés, il peut être difficile de s’assurer que l’auteur de l’agression ne soit plus en contact avec la victime en raison de la pénurie de loyer, la petite taille et la faible population de la communauté et l’interdépendance des familles.

L’ensemble des problématiques sociales vécues par les membres des Premières Nations et les Inuits peuvent entraîner des facteurs de vulnérabilité supplémentaires face à la problématique des agressions sexuelles.

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Sources
AGUIAR, W., & Halseth, R. (2015). Peuples autochtones et traumatisme historique: les processus de transmission intergénérationnelle: Centre de collaboration national pour la santé des Aborigènes
BERGERON, O., Richer, F., & Duguay, I. (2018). La violence vécue en milieu autochtone In Rapport québécois sur la violence et la santé: Institut national de santé publique Québec.
DAVIES, M., Pollard, P., & Archer, J. (2006). Effects of perpetrator gender and victim sexuality on blame toward male victims of sexual assault. The Journal of social psychology, 146(3), 275-291.
DORAIS, M., & Gervais, M.-J. (2018). Documenter la problématique des violences sexuelles commises envers les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et trans (LGBT).
KIPLING, G. D., & guérison, F. a. d. (2003). Peuples autochtones, résilence et séquelles du régime des pensionnats: Fondation autochtone de guérison.
THIBAULT, S. Violence conjugale et contexte de vulnérabilité : Personnes LGBT. Retrouvé à https://www.inspq.qc.ca/violence-conjugale/comprendre/contextes-de-vulnerabilite/personnes-lgbt. Consulté le 20-10-2021