Partie 1.2 – Réponse
Mieux comprendre l’abus sexuel au masculin
Quelles sont les mythes et préjugés sur les abus sexuels chez les garçons
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Malgré que plusieurs mythes freinent les hommes à divulguer les agressions sexuelles dont ils sont victimes, les statistiques indiquent que 20 % des agressions sexuelles commises au Québec sont perpétrées contre des hommes/garçons. En somme, il est estimé qu’un homme sur six affirme avoir été victime.
Portrait des abus sexuels vécus par les garçons
Environ 10 % des hommes affirment avoir vécu une expérience d’abus sexuel avant l’âge de 16 ans (âge du consentement). Afin d’avoir une image d’ensemble de la victimisation des garçons, j’utiliserai l’étude de Risin & Koss, réalisée auprès d’un large échantillon d’étudiants.
L’âge au moment du 1er abus varie d’un individu à l’autre, 10 % sont victimisés entre 0 et 3 ans, 28,4 % entre 4 et 7 ans, 25,5 % entre 8 et 11 ans et 35,9 % après l’âge de 12 ans. L’auteur des abus étant un homme dans 53,7 % des cas, une femme dans 42,7 % des cas et 4,2 % des victimes ont vécu des abus provenant des 2 genres. La moitié des agressions commises par des femmes serait exécutée par une gardienne âgée de 14-17 ans. L’auteur était une personne connue dans 85 % des cas. La majorité (81 %) n’ayant jamais divulgué l’abus.

Pour ce qui est des gestes les plus intrusifs vécus, 34,7 % des garçons ont été exposés à de l’exhibitionnisme, 34,7 % ont vécu des touchés inappropriés et 30,7 % ont expérimenté des gestes incluant un acte de pénétration, soit orale, anale ou ont été amené à avoir un rapport vaginal avec une femme. De façon générale, les jeunes garçons ayant subi des actes incluant une pénétration sont plus nombreux à reporter 3 incidents et plus (50 % vs. 13 % exhibitionnisme et 30 % touchés) s’étalant sur une période de six mois et plus (26 % vs. 6 % exhibitionnisme et 13 % touchés).
Les raisons principales expliquant l’implication des garçons dans des évènements d’abus incluent l’usage de contrainte physique ou de menace (9 %), la position d’autorité (11,5 %) ou encore de recevoir des cadeaux (9,5 %). Une proportion de jeunes affirme avoir vécu l’expérience, principalement avec une femme adulte, comme une expérimentation sexuelle agréable (11,3 %) et ne pas avoir vécu la situation comme un traumatisme. La culture de masculinité encourageant les garçons à multiplier les partenaires sexuels incite une forte proportion de victimes masculines à ne pas reconnaître leur expérience comme entrant dans la définition des agressions sexuelles. Cependant, plus l’acte est intrusif, plus le nombre de garçons affirmant s’être sentis victimisés par l’agression et avoir vécu de la culpabilité et un état dépressif, est élevé.

De plus, ne pas avoir vécu l’événement comme traumatique ne signifie pas qu’il ne vivra pas de conséquences des abus. Comme nous le verrons dans la section sur les conséquences à long terme, s’engager dans des relations adultes précocement tend a cour circuiter le développement psychoaffectif normal et à entraîner des problèmes dans le développement de relations saines à l’âge adulte. De fait, dans une étude comparant des victimes d’abus sexuels devenues agresseurs aux victimes n’ayant pas reproduit le cycle d’abus, la principale différence tend à la non-reconnaissance du caractère abusif de l’évènement vécu. Les hommes ayant été condamnés pour agression sexuel sont plus nombreux à avoir subi des relations sexuelles complètes (38 % vs. 8 %) avec des femmes adultes (50 % vs. 23 %) et à avoir apprécié l’expérience (69 % vs. 19 %). Bien sûr, l’abus vécu n’est pas la seule explication de la reproduction du cycle de l’abus. Ces hommes proviennent d’un milieu familial chaotique et ont été victimes davantage de négligence affective (49 % vs. 14 %) et de violence physique (34 % vs. 19 %) comparativement aux autres victimes d’abus.
Portrait des agressions vécues par les hommes
Afin d’avoir une idée générale de la victimisation sexuelle chez les hommes, regardons les statistiques provenant d’une des rares études ayant évalué la coercition sexuelle vécue depuis l’âge de 16 ans, dans un échantillon d’étudiants. Par coercition sexuelle, il est entendu tout geste visant à obtenir le consentement d’un individu après qu’il ait affirmé ne pas désirer s’engager dans un rapport sexuel, ce qui légalement peut remettre en doute la valeur du consentement.

En moyenne, entre 30-34 % affirment avoir été impliqués dans au moins une relation sexuelle à l’aide d’une tactique de coercition, après avoir indiqué leur refus de s’engager dans une activité sexuelle. Dans la majorité des cas, l’acte était perpétré par une femme (70 %), dans 12 % des cas par un homme et 18 % avaient subi des gestes sexuels transgressifs venant des 2 sexes. Les contacts allant de touchés non désirés à des relations sexuelles complètes. La majorité des hommes ayant subi des contacts non désirés par un autre homme, 85 % s’identifiaient comme hétérosexuels. Cependant, ces chiffres proviennent d’un groupe d’étudiants et certaines populations (minorités sexuelles, prisonniers et des groupes marginalisés) sont considérées plus à risque de vivre des taux de victimisation plus élevés par leurs pairs masculins.
Globalement, les techniques de coercition utilisées lors de l’agression consistaient à 1) insister et augmenter la pression afin de faire changer l’homme d’avis suite à un refus (78 %), 2) soudoyer ou offrir des faveurs en échange de relations sexuelles (11 %), 3) menacer de rompre la relation ou de blesser en cas de refus (17 %), 4) restreindre les mouvements par la force ou blesser physiquement (7,5 %) et 5) intoxiquer afin de diminuer les résistances (43 %). Dans la majorité des situations, plus d’une tactique de coercition était utilisée.

Dans 77 % des cas, l’agression était commise par une connaissance ou un ami intime et seulement 8 % sont commises par des inconnus.

Témoignage: Ça arrive aussi aux garçons
Témoignage : Briser le silence d’une agression sexuelle
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L’ensemble des énoncés que tu as vu à la page précédente sont des préjugés que l’on peut parfois entendre concernant les agressions sexuelles envers les garçons. Selon les connaissances que nous avons, il y a 10 grandes idées faussées ou croyances qui expliquent pourquoi il existe encore des tabous sur le sujet et chacun des énoncés te sera expliqué.
Ces fausses croyances peuvent affecter la manière dont tu vas comprendre la situation d’abus que tu as vécue. Ta compréhension de la situation et ton image de toi en tant qu’enfant, et plus tard à l’âge adulte, pourront avoir changées en fonction des perceptions renvoyées par la société qui t’entoure. Avec ces 10 fausses croyances, nous te permettrons d’y voir plus clair entre les préjugés sur le sujet comparativement aux faits réels.

1- Un garçon ne peut être victime d'agression sexuelle
Les recherches sur le sujet des abus sexuels ayant principalement été conduites par les mouvements féministes, la littérature s’étant principalement concentrée sur la victimisation des femmes, ayant comme conception que l’abus est principalement un moyen utilisé par les hommes en vue de maintenir une domination sur les femmes. Depuis toujours, les répercussions physiques et psychologiques de l’abus sexuel sont reconnues et parfois même utilisées comme arme militaire lors de conflits en vue de briser les liens sociaux et les résistances individuelles. Cependant, malgré le retard considérable des études sur la victimisation masculine, il est de plus en plus reconnu que les mêmes motivations de dégradation par les violences sexuelles ou de prise de pouvoir sur autrui s’appliquent.
En fait, il est établi que 20 % des victimes d’agression sexuelle sont des hommes, 17 % étant victimisés durant l’enfance et 3-7 % à l’âge adulte. Ces chiffres « officiels » sont certainement sous-évalués puisqu’ils incluent, dans 74 % des situations, des actes de pénétration orale ou anale. La majorité des victimes d’abus ne divulgue pas leur victimisation (90 %), d’autant plus lorsqu’il s’agit d’hommes puisque les idées fausses entourant les abus sexuels les entraînent à croire qu’ils ne seront pas crus ou à ne pas reconnaître qu’ils ont été victimes d’abus.

2- Un homme, c'est capable de se défendre
En fait, beaucoup d’agresseurs sont des proches de la victime. Les agresseurs profitent de la naïveté des enfants… ce qui fait que tu peux avoir subi la manipulation d’un proche. D’ailleurs, la situation des abus sexuels est complexe, car parfois tout n’est pas blanc ou noir. L’agresseur, s’il s’agissait d’un de tes proches, peut avoir posé des actions ou fait des gestes qui ont pu être bénéfiques pour toi, mais ce côté positif était malheureusement accompagné d’actes d’agressions sexuelles qui ont pu te causer du tort et peuvent avoir engendré de lourdes conséquences dans ta vie adulte. Il est donc difficile d’imaginer pouvoir se défendre d’une personne qui dit nous vouloir du bien, mais nous fait du mal en réalité. Le mal causé est parfois très apparent si tu as reçu des blessures physiques suite à l’agression. Par contre, il est possible que tu aies pu développer des séquelles sur le plan psychologique qui ne sont pas toujours apparentes. Même dans le cas où l’agresseur était une personne inconnue, il faut se rappeler qu’un enfant est doté d’une force physique moins grande qu’un adulte et que les agresseurs planifient leur moment pour commettre l’acte.
Beaucoup d’enfants et particulièrement les garçons peuvent en venir à ressentir une immense culpabilité et honte à ne pas s’être défendu. Cependant, en situation de stress, certaines réponses de survies, dirigées par notre organisme et hors de notre volonté consciente, se mettent en place. Dans une majorité de cas de violences interpersonnelles, comme celles rencontrées dans les cas de viols et de tortures, les réactions instinctives visant à “faire le mort” sont fréquentes. Dans une situation d’agression, l’organisme libère des hormones permettant de mobiliser le corps à réagir au danger. Si un enfant ressent qu’il lui est possible de fuir la situation, il fuira. Cependant, lorsque les signaux de danger indiquent qu’il lui est impossible de fuir ou d’attaquer, en raison d’une différence de taille, du risque de violence ou du lien de proximité avec l’asseyant, l’organisme libèrera alors un anesthésiant naturel afin de diminuer la sensation de peur et la douleur corporelle durant l’agression, provoquant une immobilité tonique.
Il faut briser cette idée qu’un garçon est faible car il s’est fait agresser. Cette culpabilité et cette honte sont une démonstration normale mais très désagréable des conséquences d’une agression sexuelle. L’agresseur a utilisé la victime pour assouvir ses propres désirs en utilisant son pouvoir sur l’autre. On parle de situation de perte de pouvoir, car la culpabilité et la honte que tu as pu ressentir proviennent de l’acte de l’agresseur.
3- S'il n'y avait pas de violence, c'est qu'il le souhaitait
C’est une erreur de réduire l’agression seulement à la violence physique. Beaucoup de personnes qui entretiennent des préjugés peuvent penser qu’une agression sexuelle arrive seulement lorsque l’agresseur utilise la violence physique contre la victime. Tout d’abord, il y a différentes tactiques pouvant être utilisées afin de contraindre une personne à avoir une relation sexuelle. Souvent, l’agresseur va augmenter le niveau de contrainte afin de forcer sa victime à fournir son consentement, passant d’insistance à la manipulation, pour finir par la violence physique. Seule une minorité des agressions présente des actes de violences physiques.
De plus, il est faux de penser que si tu n’as pas dit non, c’est que tu le voulais. Cela revient à te dire que tu serais responsable des agissements de l’autre personne. Ce qui n’est pas du tout le cas. Comme nous le verrons dans la section abordant le traumatisme, lors d’une situation menaçant notre survie, notre corps est programmé en vue de réagir instinctivement (Voir réactions instinctives). Dans une situation où la fuite et la contre-attaque ne sont pas possibles, en raison de la différence de taille, de force ou de pouvoir (situation d’autorité), l’organisme va s’immobiliser et figer. De plus, de nombreux agresseurs vont prendre des moyens autres que la violence physique pour parvenir à leurs fins. Dans plusieurs cas, ils vont créer une relation avec l’enfant et ensuite chercher à l’isoler de son entourage en vue de sexualiser progressivement la relation (Voir « Grooming Process »). Cela peut prendre un certain temps à s’installer, mais une fois que c’est enclenché, il devient très difficile pour la victime de briser le contrôle exercé par l’abuseur.
Pourquoi le cerveau empêche certaines victimes de réagir
Pour en savoir davantage sur le cerveau et le développement d’un traumatisme, nous t’invitons à visiter la section sur les réactions traumatiques.
4-Si tu as eu une érection, c’est qu’au fond ça t’excitait
Les études démontrent que les hommes présentent une réponse érectile en réponse à un large éventail d’émotions (peur, colère, douleur, etc.). Ce n’est qu’avec l’âge, suite aux multiples tentatives de contrôle et d’inhibition de ses réponses érectiles, que l’homme adulte devient conditionné à présenter une érection seulement lorsqu’il est en présence d’un contenu sexuel explicite ou durant une stimulation génitale. Chez le préadolescent ou l’adolescent, une légère stimulation des organes sexuels, une augmentation de la tension corporelle, du stress ou une situation générant une forte émotivité peuvent provoquer une érection même en l’absence d’excitation sexuelle.
L’érection sexuelle et l’orgasme étant plus facilement générés chez le jeune garçon que chez l’adulte, lors d’une stimulation sexuelle non consentie, le jeune présentera facilement une érection d’autant plus lorsqu’il est terrifié. L’adulte abuseur se servira par la suite de cette justification afin de se déresponsabiliser des gestes transgressifs commis et en vue de manipuler sa victime à croire qu’il est responsable de l’abus. Dans une étude réalisée auprès d’auteurs de transgression sexuelle, la moitié affirme avoir fait un effort en vue d’amener leur victime à éjaculer, cet acte étant perçu comme une sensation de contrôle ultime et utilisé afin de décourager leurs victimes de reporter l’abus.
Cette incompréhension entre la réponse corporelle durant l’agression et le sentiment d’avoir été trahis par son corps et dégoûté par l’évènement, entraîne le jeune garçon à inévitablement se sentir coupable et se questionner sur les évènements. Par peur d’être jugé et par honte face à ses réponses corporelles normales, la victime d’abus risque de ne pas dévoiler les abus vécus ou d’être maintenue dans un cycle d’abus par la manipulation.
Quelques faits sur l’érection masculine
En réalité, même si l’homme peut en partie moduler son érection en fonction des motivations et des conséquences s’il le désire, une forte proportion de la réponse érectile et de l’éjaculation sont le résultat de la physiologie humaine. Certains procédés tel l’électrostimulation anale, utilisent même ces réponses involontaires afin de faciliter la reproduction chez des hommes présentant des dysfonctions érectiles.

En plus des réponses physiologiques réflexes, les émotions vécues précédent la stimulation sexuelle affectent l’érection. Un individu étant confronté à des images d’amputation (générant de l’anxiété) et un accident de voiture (colère) avant le visionnement d’éléments sexuellement explicites présentera une érection plus facilement que s’il était triste ou dépourvu d’affect.
De plus, une étude évaluant le niveau d’érection sous la menace de choc électrique a démontré que lorsque confronté à des menaces physiques, s’ils ne présentent pas d’érection, les hommes sont capables d’augmenter leurs réponses érectiles. Ainsi, certains hommes ont été agressés à plusieurs reprises sur une période de 24h par la menace de castration.
5 et 6- les garçons victimes d’abus sexuels deviennent gais
Selon ce préjugé, les hommes victimes deviendraient gais en raison de la majorité des abus qui sont commis par des hommes. Ce préjugé peut avoir eu comme conséquence de créer un doute chez toi concernant la manière que tu pourras te définir dans ton identité de genre (si tu t’identifies comme un homme ou une femme) et ton orientation sexuelle (si tu es attiré sexuellement envers les hommes et/ou les femmes). En réalité, les hommes qui ont vécu une agression durant l’enfance ne voient pas leur orientation sexuelle être modifiée par cet évènement. C’est un mythe de croire que l’agression peut influencer ton orientation sexuelle. Le seul lien pouvant expliquer cette idée erronée provient du fait que les hommes provenant d’une minorité sexuelle reportent davantage d’expériences de victimisation sexuelle (22,2 % comparativement à 8 %). Mais l’orientation sexuelle, qui témoigne de l’attirance sexuelle et affective envers un genre spécifique, était la plupart du temps déjà affirmée avant l’abus. Pour plusieurs auteurs d’agression contre des hommes adultes, l’agression sexuelle est un moyen parmi d’autres d’humilier et de démontrer sa supériorité sur un groupe social. La victime est simplement le représentant de ce groupe contre qui la haine est dirigée (homophobie).
Dans une agression sexuelle, il n’y a pas d’amour, il y a prise de contrôle et de pouvoir de l’agresseur sur la victime. Même si les abus sexuels que tu as vécus ont pu affecter ta vie sexuelle de différentes manières et à différents degrés, rappelle-toi que la découverte de ton orientation sexuelle et l’exploration dans la vie sexuelle et affective adulte sont des processus qui sont personnels à chacun et qui peuvent être sains si la personne respecte ses limites.
7- Le cycle victime-abuseur
Ce mythe prend principalement racine sur un biais dans la conduite des études passées évaluant la victimisation sexuelle et ayant établi à tort un lien entre la victimisation sexuelle et la commission d’abus à l’âge adulte. Alors que les statistiques « officielles » dans la population générale sous-évaluent le nombre de victimes masculines, les études en milieu carcéral auprès d’une population d’auteurs de transgression sexuelle affichent des taux de victimisation sexuelle beaucoup plus élevés (35 %). Cependant, lorsque l’on regarde les antécédents de ces individus, ils présentent des évènements d’adversité durant l’enfance (violence physique, négligence, violence psychologique, etc.) beaucoup plus nombreux que la population générale.
Dans une étude ayant suivi 224 victimes d’agression sexuelle durant l’enfance jusqu’à l’âge adulte, seulement 26 (12 %) ont commis par la suite des actes d’abus sexuels, la majorité ayant commis leur 1re offense avant l’âge de 14 ans. Cependant, ceux ayant poursuivi le cycle victime-abuseur étaient plus nombreux à avoir également vécu d’autres formes de victimisation telles être témoin de violence conjugale (81 %), avoir été victime de négligence (71 %) et vécu une discontinuité dans la réponse à ses besoins (90 %) (Salter, 2003).
Dans une autre étude ayant suivi des enfants qui ont été signalés aux services de protection de l’enfance pour différents types de victimisation (abus sexuel, négligence, abus physique), les auteurs ont établi que la victimisation physique et la négligence étaient tout autant prédicteur de commettre une transgression sexuelle à l’âge adulte que la victimisation sexuelle (Widom, 1994).

Pour terminer, alors que les différentes formes de victimisation vécues durant l’enfance peuvent entraîner l’enfant à se sentir indigne d’être aimé, à vivre un sentiment de perte de contrôle et à se sentir vulnérable, c’est exactement la prise de contrôle et le sentiment de pouvoir qui est recherché par l’auteur. Ainsi, c’est principalement le désir de reprise de pouvoir par la domination d’autrui pour les hommes ou le désir d’établir des contacts interpersonnels avec autrui via une sexualité compulsive pour les femmes qui serait à l’origine du lien entre victimisation et perpétration d’abus sexuels.
Ces préjugés peuvent avoir plusieurs conséquences, notamment tu peux développer une image négative de toi ou encore te percevoir comme quelqu’un de dangereux. Cela peut affecter ton aisance avec ta sexualité ou encore si tu as des enfants, il peut être possible que tu t’éloignes de ceux-ci de peur de leur faire du mal. Plusieurs autres situations peuvent découler de ce préjugé. Néanmoins, il est important de te rappeler que le fait d’être abusé ne déterminera en rien le fait d’être abuseur plus tard dans ta vie. Par contre, les abus sexuels peuvent entraîner de nombreuses conséquences à court, moyen et long terme. Dans la partie 2 de la plateforme, une section est consacrée aux 6 conséquences principales des abus sexuels durant l’enfance. Je te conseille d’aller la visiter pour en savoir plus.
8-Les hommes sont moins traumatisés
Même si l’agression sexuelle est un acte portant atteinte à ton intégrité physique et psychologique, plusieurs facteurs peuvent influencer la façon dont un individu réagira à la situation. Certaines particularités s’observent dans les agressions sexuelles chez les hommes. Ils sont plus susceptibles d’être victimes de violence physique et également d’être agressés par plusieurs auteurs.
Les idées socialement admises sur les relations homme-femme placent l’homme dans un rôle de dominant recherchant une constante satisfaction sexuelle. Pour lui, reconnaître qu’il à pu être agressé sexuellement revient à se questionner sur son statut de mâle (conflit des rôles de genre) et dans certains cas, provoquer une crise identitaire « Qu’est-ce qui ne va pas chez moi, c’était une belle femme pourtant ».
Le discours des victimes sur les conséquences vécues durant et suivant l’abus indique que plusieurs conséquences tant sur le plan relationnel que sexuel sont vécues par les hommes. Certains indiquent les impacts des évènements sur leur sexualité, plusieurs présentant des dysfonctions sexuelles, une hypersexualité ou au contraire de l’évitement sexuel « J’ai eu peu de rendez-vous, j’étais terrifié lorsqu’une fille me faisait des suggestions ou des avances sexuelles ». Plusieurs se questionnent sur la normalité de leurs réactions « Je me sentais violé, sans mot et paralysé par la peur », ce qui les entraîne à vivre de la honte, de la culpabilité « Je ne pouvais pas croire que j’avais eu une érection. J’avais peur. J’avais toujours pensé que d’avoir une érection signifiait excitation sexuelle. Je me sentais confus et humilié. ». Plusieurs se disant qu’un homme normal dans pareille circonstance aurait été impuissant, se percevant ainsi comme anormal.
Certains affirment avoir de la difficulté à reprendre confiance en eux parce qu’ils ont intériorisé les messages sociaux « Il était plus gros que moi, j’aurais dû au moins essayer de me défendre, j’aurais été tabassé, mais au moins j’aurais fait quelque chose », « c’est comme si je ne mérite pas d’être un homme. Je sais que je ne suis pas gai, mais un homme n’attire pas les autres hommes. J’ai de la difficulté à établir ma masculinité. ». Plusieurs ont l’impression qu’ils ne peuvent pas en parler, car ils vont être jugés responsables ou on va penser qu’ils sont homosexuels « Je ne peux pas en parler à personne, car on va me dire que j’aurais pu me défendre, que je devais en avoir envie. ».
Or, avec l’image que la société nous renvoie de l’identité masculine traditionnelle, il peut être plus difficile de t’identifier à une victime en tant qu’homme. Du coup, ces garçons et ces hommes n’iront pas demander d’aide ou pourront nier le problème en espérant que ça aille mieux.
9-10- Une femme ne peut être auteur d'abus sexuels, un garçon à toujours envi de sexe
Le fait qu’une femme puisse agresser sexuellement d’un garçon est un phénomène qui est plus rare, mais qui existe bel et bien. Comme nous l’avons vu dans le portrait statistique des victimisations sexuelles vécues par les garçons, une forte proportion des abus sont commis par des femmes plus âgées et les actes varient d’attouchement à des actes de pénétration complète. Cependant, les idées voulant qu’un garçon soit toujours désireux d’avoir des relations sexuelles, entraînent plusieurs hommes à percevoir les abus perpétrés par des femmes plus âgées comme étant des expériences sexuelles.
Lorsque l’on compare les hommes abusés durant l’enfance, les hommes ayant été condamnés pour agression sexuelle sont plus nombreux à avoir vécu leur victimisation sexuelle comme une « expérience » agréable et à avoir associé ces événements avec une relation amoureuse par l’affection reçue d’une femme plus âgée. Par le développement de modèles relationnels dysfonctionnels basés sur un mode de dominant dominé, associé à une hypersexualisation précoce, ces hommes sont plus à risque de présenter une confusion dans la reconnaissance des comportements appropriés à adopter dans une relation intime. Comprendre et admettre qu’une femme a pu abuser de toi, c’est admettre que tu n’as pas eu le contrôle de la situation. La société a tendance à valoriser les expériences sexuelles précoces chez le garçon comme si cela était en quelque sorte une démonstration de virilité. Si une femme adulte de confiance sexualise la relation alors qu’elle est en position d’autorité, l’enfant pourra associer son besoin affectif normal à la sexualité.
Même si le rôle d’agresseur ne correspond pas à l’idée qu’on se fait d’une femme, il n’en reste pas moins que plusieurs études ayant questionné les étudiant(e)s ont démontrés que les comportements de coercitions employés par les femmes pour contraindre autrui à avoir une relation sexuelle sont similaires aux tactiques utilisées par les hommes. De fait, 43 % des hommes affirment avoir déjà utilisé de la coercition en vue de convaincre leur partenaire de s’impliquer dans une activité sexuelle, comparativement à 26 % des femmes.

Au même titre que l’hypersexualisation précoce des garçons peut entraîner des problématiques relationnelles, les femmes hyperféminines et répondant aux normes sociales seraient plus nombreuses à présenter des difficultés dans la gestion de leurs émotions, à sexualiser leurs relations avec les hommes et à développer des relations basées sur la domination/soumission. Face à un refus, elles sont plus enclines à attaquer l’homme dans sa masculinité afin de le contraindre à répondre à ses désirs sexuels.
Ou choisis un autre sujet plus bas.
