Partie 1.4 – Réponse

Mieux comprendre l’abus sexuel au masculin

Justice et responsabilité

 

Selon ton expérience, qu’est-ce qui fait qu’une personne agresse sexuellement une autre personne?

Comme nous venons de le voir, l’agression sexuelle englobe divers comportements ne respectant pas le consentement d’une personne en ce qui concerne son droit de s’impliquer ou non dans un acte sexuel. Lorsque vient le temps d’expliquer les motivations ayant poussé un individu à porter des gestes sexuellement transgressifs à l’encontre d’une autre personne, il est souvent nécessaire d’évaluer la personnalité de l’agresseur, ses comportements et autres caractéristiques (âge, origine ethnique, éducation, antécédents criminels, etc.) ayant pu influencer la relation entre l’auteur des violences sexuelles et sa victime.

Plusieurs typologies de violeurs et de pédophiles ont été développées à travers le temps, mais nous nous consacrerons ici à faire simplement la liste des principales motivations au passage à l’acte.

Les violeurs

Dans tous les cas d’agression sexuelle, nous retrouvons, à différents degrés, des éléments de contrôle, de pouvoir et de sexualité et la plupart du temps, la sexualité est un outil en vue d’exprimer sa colère ou d’acquérir du pouvoir sur autrui.

Le colérique : Pour certains auteurs d’agression, les violences sexuelles sont un vecteur d’expression de la rage ressentie envers un groupe social (homosexuel, femme féministe, groupe ethnique) et dirigées vers un représentant de ce groupe. Au même titre que l’agression sexuelle fut longtemps utilisée en temps de guerre en vue d’humilier l’ennemi, de briser ses résistances et de détruire les liens sociaux, ces individus ont toujours recours aux violences sexuelles en vue d’humilier, de terroriser et de violenter leurs victimes. Ici, le niveau d’agression utilisé en vue d’asservir la victime est largement supérieur au niveau normalement utilisé afin de contraindre sexuellement un autre individu, pouvant même aller jusqu’au comportements sadiques. La sexualité est ici utilisée principalement en vue d’attaquer la victime et le plaisir découle de la souffrance qu’elle subit. Par exemple, certains auteurs d’abus sur d’autres hommes affirment « le forcer à me faire une fellation était principalement pour l’humilier plutôt que pour ma satisfaction sexuelle ». Ces individus sont généralement impliqués dans un mode de vie antisocial dans laquelle l’agression sexuelle est une forme de délinquance parmi d’autres (vol par effraction, voie de fait, etc.).

Le pouvoir : Si l’agression est motivée par un désir de prise de pouvoir sur l’autre, la sexualité devient alors le moyen utilisé par l’auteur en vue d’asservir son autorité sur la victime, en utilisant le niveau de violence nécessaire. Certains auteurs affirment que les violences sexuelles seraient pour ces individus une façon de réaffirmer leur supériorité raciale, ethnique ou encore d’affirmer leur masculinité, ainsi que leur identité. En prenant une position de dominance sur autrui, il cherche principalement à nier son sentiment de vulnérabilité, d’incompétence et cherche à éviter de devenir la cible d’attaque et de rejet de ses pairs. La victime représente ce que l’auteur désire contrôler, punir ou encore détruire. Quelqu’un ou quelque chose qu’il désire dominer ou vaincre. Dans la majorité des agressions, la notion de recherche de pouvoir est prédominante.

Les pédophiles

Selon Finkelhor (1984), quatre raisons entraînent les adultes à développer des relations avec des enfants.

Manque d’habileté sociale : Alors que les agresseurs d’adultes vont avoir eu des relations consensuelles au cours de leur développement pubertaire, les pédophiles sont plus nombreux à avoir de la difficulté à établir des relations avec leurs pair(e)s. De fait, 85 % des pédophiles présentent un attachement insécure, comparativement à 35 % dans la population générale. Une grande majorité des auteurs d’agression sexuelle sur enfant, lorsqu’ils sont évalués sur leurs préférences sexuelles grâce à une pléthysmographie pénienne (mesure des variations du volume de sang dans les artères génitales, permettant d’évaluer le niveau d’érection), ne présentent pas d’attirance sexuelle pour les enfants. Pour ces abuseurs, la solitude émotionnelle les incite à développer des relations intimes avec des enfants, puisqu’ils sont incapables de développer des liens avec des femmes adultes. Plusieurs thérapies basées sur le développement des habiletés sociales et relationnelles ont été développées en vue de diminuer le risque de récidive chez ces individus.

La congruence émotionnelle : Certains adultes recherchent la compagnie d’enfants, car ils présentent un sentiment d’infériorité dans leurs interactions avec des adultes. Les enfants étant par nature plus vulnérables et ne présentant pas de jugements, cela leur permet de retrouver une image positive d’eux-mêmes et d’obtenir plus aisément une position de supériorité et de contrôle.

L’excitation sexuelle : Alors que certains pédophiles vont abuser d’enfants de façon situationnelle, en vue de répondre à leurs propres besoins, puisqu’ils sont facilement accessibles, d’autres vont présenter une préférence sexuelle pour certaines catégories d’âge prédéfinies. C’est ce que nous appelons les pédophiles « fixes », ceux dont nous entendons fréquemment parler dans les médias.

Désinhibiteur : Alors que les normes sociales sont contre la sexualité avec les enfants, l’usage d’alcool et les distorsions cognitives propédophiles de même qu’une mauvaise gestion des affects peuvent être des éléments facilitant le passage à l’acte sur un enfant, transgressant ainsi les prescrits sociaux établis.

Comme pour les violeurs, les motivations poussant à l’agression d’un enfant sont diverses. Lorsque la motivation de l’abus est interpersonnelle, la relation va évoluer graduellement, passant de caresses à des gestes de plus en plus intrusifs que l’auteur perçoit comme des marques d’amour et d’affection. Dans d’autres cas (agression extrafamiliale), plus impulsifs et égocentriques, c’est la satisfaction sexuelle qui domine et l’auteur ne présente aucune préoccupation pour l’enfant, envers qui il utilise un niveau de violence nécessaire afin d’obtenir sa soumission.

Les femmes auteures d’abus sexuels 

Contrairement à l’idée répandue selon laquelle une femme ne peut être auteure d’agression sexuelle, les statistiques provenant des centres pour victimes d’agression sexuelle indiquent que 6 % des femmes et 40 % des hommes déclarent avoir été abusés par une femme. Alors que les hommes utilisent la coercition sexuelle dans le but de dominer et de prendre le pouvoir sur sa victime, les femmes utilisent la coercition sexuelle en vue d’établir une relation avec sa victime ou comme un moyen d’assouvir ses désirs sexuels (domination et compulsion sexuelle). Ces femmes proviennent de milieux dysfonctionnels dans lesquels la sexualité était abusive, sans limite entre les membres de la famille et elles ont donc développé une image déformée des rôles masculins/féminins et de l’expression saine dans les relations interpersonnelles et sexuelles.

Femmes auteurs d’abus sur mineurs

Enseignante-Amante : Souvent une jeune femme en position d’autorité (enseignante, gardienne), elle perçoit les faveurs sexuelles à l’égard de sa victime adolescente comme une expression positive d’amour et nie le caractère abusif de la situation. Elle a souvent été victime d’agressions sexuelles extrafamiliales durant l’adolescence et de mauvais traitements de la part de ses partenaires sexuels.

Prédisposée : Provenant d’une famille où l’exploitation sexuelle est générationnelle, elle a été victime d’agressions sexuelles graves et prolongées durant son enfance et reproduit le cycle de victimisation et de maltraitance avec ses propres enfants. Elle présente des fantaisies et des comportements sexuellement déviants et commet souvent des infractions violentes envers ses enfants, ce qui lui permet de ne plus être dans une position de victime.

Contrainte/accompagnée par un homme : Famille où s’entretiennent les rôles traditionnels homme/femme, cette femme est généralement dépendante de son conjoint contre qui elle se sent impuissante. Après une période d’abus perpétrés seuls à l’encontre de sa/ses filles, cette femme est incitée par la contrainte à participer aux abus sexuels commis. Dans certains cas, cette femme en manque de confiance peut percevoir sa/ses filles comme des rivales et l’abus sexuel co-perpétré avec son conjoint lui permet de réaffirmer son rôle de conjointe et d’amante assurant la satisfaction sexuelle de son partenaire.

 

 Selon ton expérience, qu’est-ce que ça veut dire être victime d’une agression sexuelle?

Être victime d’une agression sexuelle peut avoir des conséquences et significations différentes d’une personne à l’autre. Certains peuvent avoir vécu l’expérience comme traumatisante alors qu’une autre personne ayant vécu un événement similaire ne vivra pas la situation comme étant une victimisation. Par exemple, certains garçons ayant eu une relation complète avec une femme en position d’autorité affirment ressentir de la fierté alors qu’une proportion aussi importante l’ont vécue comme extrêmement traumatisante. Malgré le sentiment vécu au moment des événements, l’entrée dans une sexualité adulte de façon précoce pour un enfant (garçon ou fille) entraîne des conséquences relationnelles et sociales dont il n’est pas conscient et influencera son parcours de vie à jamais.

Être victime d’une agression sexuelle durant l’enfance, c’est être impliqué dans un acte sexuel, sous la contrainte ou non, avec un individu dont la position sociale le place en état de supériorité face à sa victime. La relation est présumée inégale soit en raison d’une position de pouvoir (enseignant, parent, etc.) ou d’une inégalité dans le niveau de développement intellectuel et face à la connaissance des conséquences pouvant découler de ces actes.

Le consentement des mineurs dans une activité sexuelle est basé sur l’écart d’âge entre les partenaires et l’absence de relation d’autorité afin de s’assurer que des individus n’exploitent la vulnérabilité des enfants, dont le développement intellectuel et social ne leur permet pas encore d’évaluer la situation dans son intégralité (Voir le consentement sexuel).

 

Si on parle d’obtenir justice dans le contexte d’une agression sexuelle, à quoi cela fait référence pour toi? C’est quoi le sentiment de justice pour toi?

En fait, lorsque l’on mentionne le sentiment de justice, c’est qu’il y a eu une situation où des inégalités ont été subies par des individus ou des groupes et qui ont engendré un sentiment d’injustice ou une rupture d’équilibre.

Lorsque l’on parle d’agression sexuelle, on parle d’une personne qui exerce un contrôle sur nous par la sexualité et de ce fait, nous dépossède de notre sentiment d’être en contrôle sur notre vie. La recherche du sentiment de justice est comme une quête intérieure qui peut t’amener à reprendre du pouvoir sur ta vie et retrouver un équilibre. Certaines personnes vont désirer obtenir vengeance ou vont ressentir qu’ils doivent passer par le système de justice afin de s’assurer que l‘auteur des abus ne victimise pas d’autres jeunes. Certains vont préférer opter pour la médiation, espérant que la reconnaissance des abus et des excuses de leur agresseur permettent de cicatriser la blessure et l’injustice subie. 

Quoi qu’il en soit, obtenir justice est souvent associé au sentiment de « réparation symbolique » pour les événements vécus et dépend de ce que recherche la victime. Afin de retrouver le sentiment de justice, il est important de comprendre les choses sur lesquelles nous avons du contrôle (notre rétablissement, nos gestes et actions, etc.) et les choses sur lesquelles nous n’en avons pas (les gestes et actions de l’abuseur) afin de ne pas nous retrouver dans une situation où l’on se sent de nouveau impuissant.

 

 Quelles responsabilités en tant qu’adulte tu penses avoir dans le contexte d’abus sexuel que tu as vécu en étant jeune?

En tant que victime, vivre de la culpabilité et de la honte est un sentiment fréquent qu’il est possible de ressentir. Souvent, on peut venir à se sentir responsable de plusieurs choses alors qu’en réalité tu n’y es pour rien. L’auteur de l’agression est à 100 % responsable de ses comportements peu importe ce qu’on t’a dit ou ce qu’on a essayé de te faire croire. Par contre, en tant qu’adulte, cette honte et cette culpabilité qui provient de l’auteur de l’agression peuvent être restés en toi depuis l’agression. Sous cet angle, il est de ta responsabilité de prendre soin de toi pour te libérer de ces émotions conséquentes à l’abus. 

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