Partie 2.5

Mieux comprendre les conséquences des agressions sexuelles

Conséquences à long terme 3: Comportements suicidaires et autodestructeurs

 

Parmi l’ensemble des conséquences à long terme que tu peux vivre, la dépression et la perte d’intérêt pour la vie en raison de la grande souffrance intérieure peuvent t’inciter à penser au suicide et à adopter des comportements autodestructeurs. Par comportements d’autodestruction, nous faisons référence à tout comportement qui vise à s’infliger une douleur physique ou à réduire l’espérance de vie, ce qui inclue les gestes d’automutilation (se couper), la consommation excessive d’alcool et de drogue, l’implication dans des activités à haut risque de blessure et les habitudes de vie à risque (fumer, anorexie, malnutrition). De fait, les hommes abusés sexuellement sont plus nombreux à reporter des idéations suicidaires (60 % comparativement à 32 %), des comportements d’automutilation (18 % versus 4 %) et plus nombreux à attenter à leur vie (31 % versus 4 %) comparativement à la population générale. Lorsque l’on regarde l’historique des abus sexuels vécus, nous pouvons observer que certaines caractéristiques de l’abus influencent le risque de développer des tendances autodestructrices et suicidaires, telles; la répétition dans le temps des agressions, la présence de violence physique, l’âge et le niveau de développement lors de la 1re agression.

Sans entrer dans les détails du développement psychoaffectif et moteur des enfants, les évènements d’adversité, tels les traumatismes vécus durant l’enfance, lorsqu’ils dépassent les capacités d’adaptation, peuvent bloquer l’enfant dans son développement. Ainsi, il n’est pas rare, chez les jeunes ayant vécu des évènements d’adversité, qu’ils présentent des difficultés dans leurs capacités de mentalisation (capacité à se représenter en mot les états internes motivant nos comportements), ce qui les met à risque de présenter des difficultés à réguler leurs comportements. De fait, une étude évaluant les adolescents présentant des conduites à risque (course automobile, sexualité), des abus de substance et des comportements auto ou hétéro-agressifs, démontre que ces jeunes présentent une difficulté à ressentir leur monde interne (émotions, sensations), à verbaliser ce qu’ils vivent et tendent davantage à évacuer la tension interne à travers l’agir comportemental. Lorsque les émotions qui servent habituellement à reconnaître qu’un changement doit être effectué sont réprimées, cela empêche l’élaboration de stratégies alternatives à l’accumulation qui risque éventuellement d’entraîner un « acting out » agressif ou suicidaire.

Parfois, on peut entrevoir qu’il n’y a plus d’espoir car notre situation et la souffrance qui l’accompagne sont si intenses qu’on n’arrive pas à voir de solutions. Généralement, la personne qui a des idéations suicidaires vit une situation ambivalente. D’un côté, elle aimerait mettre fin à sa souffrance par le suicide et d’un autre côté, elle aimerait pouvoir continuer à vivre. Il est important d’en parler à une personne de confiance (proche, intervenant, etc.) ou a un professionnel et de ne pas rester seul.

Pour évaluer ton risque suicidaire et ton bien-être psychologique, nous t’invitons à compléter l’auto-évaluation en cliquant sur le lien suivant. Mais souviens-toi, ce test est un indicatif évaluant plusieurs aspects entourant le risque suicidaire (les pathologies psychiatriques, le soutien social, les motivations à vivre, etc.), mais ne remplace en rien l’évaluation d’un professionnel. 

Tout comme la consommation d’alcool et de substances illicites est fréquente chez les individus qui présentent un état de stress post-traumatique, les comportements anorexiques sont directement en lien avec les symptômes traumatiques, mais également avec la présence de comportements obsessionnels compulsifs. Tu te demandes surement pourquoi j’aborde l’anorexie ici, puisque c’est un comportement qu’on associe avec les femmes refusant de manger. Et bien, l’entraînement excessif et le contrôle excessif des calories consommées, qu’on retrouve chez plusieurs hommes recherchant à contrôler leur image corporelle afin d’augmenter leur estime de soi, peuvent être considérés comme étant des comportements « anorexiques inversés ». Comme les femmes anorexiques, les bodybuilders auraient tendance à percevoir leur corps en fonction des standards de perfection de la société et à s’objectifier. Certains sportifs et principalement les bodybuilders s’entraînent pour des raisons d’apparence et recherchent à atteindre l’idéal de beauté masculin et à devenir le plus musclé possible. L’image négative de soi les pousse à mettre leur santé en danger, en augmentant le risque de décès cardiovasculaire de 15-20 % et par l’ingestion/injection de divers suppléments d’entraînement pouvant être nocifs pour la santé (85 % ayant un problème de consommation de substance). Pour ces hommes, l’orientation vers l’idéal de corps musclé, appelé dysmorphie musculaire, peut être interprétée comme une tentative de recherche d’identité masculine, résolution pathologique d’une masculinité subjectivement perçue comme menacée (conflit des rôles de genre). Ayant souvent été victimisés durant l’enfance par le modelage du corps, ils se créent une barrière de protection, un blindage pour se protéger de revivre une agression de la part d’autrui.

Ces ressources sont disponibles 24/24H, 7 jours sur 7 et des intervenants peuvent t’écouter et te conseiller en tout temps.

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Sources

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BOUDEWYN, A. C., & LIEM, J. H. (1995). Childhood sexual abuse as a precursor to depression and self-destructive behavior in adulthood. Journal of traumatic stress, 8(3), 445-459.

BREJARD, V., Pedinielli, J.-L., & Rouan, G. (2006). Hypothèse d’un dysfonctionnement émotionnel chez des adolescents présentant des comportements à risque: une étude exploratoire. L’Encephale, 32(4), 413-420.

HALIOUA, R., DEUTSCHMANN, M., VETTER, S., JÄGER, M., SEIFRITZ, E., & CLAUSSEN, M. C. (2019, February). Dysmorphie musculaire. In Forum Médical Suisse (Vol. 19, No. 0910, pp. 153-158). EMH Media.

HAWTON, K., RODHAM, K., EVANS, E., & WEATHERALL, R. (2002). Deliberate self harm in adolescents: self report survey in schools in England. Bmj, 325(7374), 1207-1211.

PLOUFFE-ROY, E. (2020). La sévérité de l’agression sexuelle en enfance et les séquelles sexuelles à l’âge adulte: rôle de l’âge de la victime lors de la première agression.

INSTITUT NATIONAL DE SANTÉ PUBLIQUE (2018, Avril○5) Définition de l’agression sexuelle. Consulté sur https://www.inspq.qc.ca/rapport-quebecois-sur-la-violence-et-la-sante/les-agressions-sexuelles/definition-de-l-agression-sexuelle 

MATHEWS, F. (1996). The invisible boy: Revisioning The Victimization of Male Children & Teens. Commwlity Psychologist Central Toronto Youth Services.

POPIEUL, J.-T. (2015). Perceptions des hommes abusés sexuellement dans l’enfance et l’adolescence sur leurs parcours dans les services d’aide.