Partie 2.7
Mieux comprendre les conséquences des agressions sexuelles
Conséquences à long terme 5: Comportements obsessifs et compulsifs, sexualité à risque
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Lorsque l’on parle de comportements obsessifs, on fait référence à un comportement qui est utilisé par l’individu afin de se distraire ou de soulager l’anxiété provoquée par la solitude, par une faible estime de soi, par la peur de l’intimité ou par des relations interpersonnelles problématiques. Cependant, le soulagement de la tension interne n’est que temporaire, tu es donc poussé à répéter le comportement et avec le temps l’idée obsessionnelle (les fantaisies sexuelles ou le besoin que tout soi propre) prend de plus en plus de place et tu deviens obligé d’effectuer l’action compulsive plus souvent et avec une plus grande intensité. Les comportements qui autrefois réduisaient l’anxiété n’ont plus l’effet de réduire ce sentiment et tu es donc obligé d’y consacrer de plus en plus de temps, au point de créer des conflits avec les autres domaines de ta vie (travail, loisir, santé).

Répercussions sur les relations intimes
Parmi l’ensemble de ces comportements, il n’est pas rare qu’une des répercussions des abus sexuels affecte la vie sexuelle des hommes. Une étude ayant été réalisée en 2019 indique qu’un lien existe entre la victimisation sexuelle et le concept de soi sexuel (perception de soi sur le plan sexuel), entrainant 48 % des hommes à vivre leur sexualité comme insatisfaisante et vivre une insécurité sur le plan des performances sexuelles. Ce faisant, trois patrons de sexualité sont répertoriés chez les individus ayant été abusés durant l’enfance, soit ; 1) l’absence de répercussion sexuelle; 2) l’inhibition sexuelle (l’absence de désir, de l’anxiété sexuelle, l’évitement des relations intimes et des dysfonctions sexuelles) et 3) la désinhibition sexuelle (l’impulsivité ou la compulsion sexuelle, des conduites sexuelles à risque et un nombre élevé de partenaires).

Selon Guyon & Fernet (2019), ayant évalué les profils sexuels d’adultes qui ont été abusés durant l’enfance, les femmes se retrouvent en plus grand nombre dans le profil 1 (confiant non-préoccupés), alors que les hommes se retrouvent en plus grand nombre dans le profil 2 (distants dépressifs) et 3 (hyperconfiants préoccupés), suggérant un concept de soi sexuel plus défavorable chez les hommes victimisés sexuellement.



Afin de mieux comprendre les différentes catégories, il est important de souligner que l’estime sexuelle est définie comme un regard positif et une confiance quant à sa capacité d’expérimenter une sexualité satisfaisante. Les préoccupations sexuelles sont définis comme une tendance excessive à penser à la sexualité et la dépression sexuelle est vécue comme un sentiment dépressif lorsque nous pensons à notre vie sexuelle.
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L’importance des capacités relationnelles
Il est reconnu que la gravité de l’ASE (ex. agression avec pénétration, agression intrafamiliale, agression chronique) est associée à un risque plus élevé de développer des difficultés sexuelles et conjugales à l’âge adulte, mais il est important de comprendre que cette association est davantage influencée par le statut marital que le genre (homme/femme). Ainsi, il n’est pas rare chez un survivant que la compulsion sexuelle soit plus forte lors de relations sexuelles avec de nouveaux partenaires tandis que l’évitement sexuel émergerait lorsque l’engagement et l’intimité, associé aux relations plus stables, augmentent. Ces extrêmes variations dans la réponse sexuelle (période d’abstinence et période d’hypersexualisation) seraient la conséquence d’un mode relationnel basé sur la dominance et la soumission, qui aurait été développé en réponse à l’abus, qui est basé sur une inégalité de pouvoir entre l’abuseur et la victime. Ainsi, plusieurs facteurs relationnels (attachement insécure, anxiété d’abandon) et individuels (trauma non résolu), conséquences directes de l’abus, seraient responsables de la difficulté d’établir des relations intimes égalitaires chez les survivants et causeraient les problématiques sexuelles.
Compulsion sexuelle et comportements à risque
Chez les individus présentant une compulsion sexuelle, entre 30 et 78 % avaient été victimes d’une agression sexuelle. Cette association étant d’autant plus importante chez les hommes victimes d’abus, qui sont plus nombreux à présenter des comportements de sexualité compulsive (19 %), comparativement aux femmes victimes (5 %). À travers la compulsion sexuelle, la victime cherche à reprendre le contrôle sur sa sexualité et sur son traumatisme en tentant inconsciemment de ramener à la mémoire les évènements vécus (souvent en partie oubliés) pour les intégrer dans son parcours de vie. Le déséquilibre de pouvoir et le sentiment d’impuissance vécus par l’enfant lorsque ses désirs, son sentiment de contrôle et ses frontières corporelles sont niés ou transgressés par l’agresseur, peut l’entrainer à chercher, par l’activité sexuelle, à reprendre contrôle sur sa vie sexuelle. Ainsi, ce qui avait été subi passivement est repris activement, afin de se soustraire au rôle de victime passive. De plus, les survivants peuvent utiliser les comportements sexuels en vue d’entrer en relation et d’atteindre une proximité relationnelle avec autrui, tout en conservant une distance émotionnelle afin d’éviter la vulnérabilité et le risque de devoir se montrer authentique dans la relation à l’autre. L’intimité émotive risquant de réactiver des émotions traumatiques non résolues (peur, culpabilité, vulnérabilité, etc.), il n’est pas rare chez plusieurs hommes de préférer rester célibataire et d’enchaîner les partenaires en vue d’éviter ces émotions. Plusieurs études indiquant des relations de plus courte durée chez les individus ayant été victimisés durant l’enfance, 33 % des victimes d’abus sexuels et 27 % des victimes d’abus physiques vivant en union stable comparativement à 88 % de ceux n’ayant vécu aucune victimisation.
Certaines victimes affirment que leurs difficultés à établir des relations stables les entrainent à préférer enchaîner les conquêtes, position qu’ils ressentent valorisée par les stéréotypes masculins, afin d’éviter l’intimité. Plusieurs disent que leurs relations tournent rapidement en une répétition d’un modèle relationnel abusif similaire à la relation qu’ils avaient avec leurs abuseurs et tendent donc, afin d’éviter la vulnérabilité ressentie lors des conflits, à reproduire un cycle d’intensité passionnel pour ensuite disparaitre et changer de partenaire. Cette tendance à la répétition compulsive est facilement observable chez l’enfant victime qui tend à incorporer des éléments du traumatisme sexuel dans ses jeux ou encore chez l’adulte qui revit l’évènement dans ses cauchemars, comportements et pensées, cherchant inconsciemment à trouver une solution en vue de sortir de ce modèle relationnel dans lequel il se sent exploité. Pour d’autres, la dépendance sexuelle devient d’autant plus envahissante, qu’elle se présente sous la forme de pensées sexuelles envahissantes obligeant le sujet à se masturber plusieurs fois par jour, à regarder de la pornographie, à recourir à des services de prostitutions ou à avoir de multiples comportements sexuels non protégés (risque de contracter des infections transmissibles sexuellement MTS). Pour certains, la dépendance sexuelle les entraine à s’impliquer dans des comportements répréhensibles tels; le voyeurisme, l’exhibitionnisme, les touchés inappropriés ou encore dans du harcèlement sexuel. Divers comportements qui sont suivis par un intense sentiment de blâme et de culpabilité associé à la perte de contrôle.

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Sources
BERNIER, Y. (2006). Perspective psychosociale du vécu des hommes ayant été agressées sexuellement au cours de leur enfance ou de leur adolescence.
CHERLIN, A. J., Hurt, T. R., Burton, L. M., & Purvin, D. M. (2004). The influence of physical and sexual abuse on marriage and cohabitation. American Sociological Review, 69(6), 768-789.
DARGAN, S. (2018). Lien entre l’agression sexuelle durant l’enfance et le développement de maladies infectieuses non transmises sexuellement.
DESLAURIERS, J.-M., LAFRANCE, M. & TREMBLAY, G. (2019) Réalités masculines oubliées○: Presses de l’Université Laval.
DIMOCK, P. T. (1988). Adult males sexually abused as children: Characteristics and implications for treatment. Journal of Interpersonal Violence, 3(2), 203-221.
FOROUZAN, E. & Van Gijseghem, I-I. (2004). Recension des écrits de l ’impact des contacts sexuels précoces sur les hommes. Psychologie canadienne, no 45, pages○59-80.
GOULET, M.-C. (2020). La compulsion sexuelle chez des adultes agressés sexuellement en enfance: variations selon l’orientation sexuelle.
GUYON, R., & Fernet, M. (2019). Profils de concept de soi sexuel chez les femmes et les hommes survivants d’agression sexuelle à l’enfance. Colloque CRIPCAS.
INSTITUT NATIONAL DE SANTÉ PUBLIQUE (2018, Avril○5) Définition de l’agression sexuelle. Consulté sur https://www.inspq.qc.ca/rapport-quebecois-sur-la-violence-et-la-sante/les-agressions-sexuelles/definition-de-l-agression-sexuelle
MATHEWS, F. (1996). The invisible boy: Revisioning The Victimization of Male Children & Teens. Commwlity Psychologist Central Toronto Youth Services.
POPIEUL, J.-T. (2015). Perceptions des hommes abusés sexuellement dans l’enfance et l’adolescence sur leurs parcours dans les services d’aide.
VAILLANCOURT-MOREL, M.-P. (2016). Symptomatologie conjugale et sexuelle chez des survivants d’agression sexuelle à l’enfance.
2.1 Réactions et conséquences lors de l’agression
2.3 Conséquences à long terme 1: Difficultés identitaires
2.4 Conséquences à long terme 2: Difficultés relationnelles
2.5 Conséquences à long terme 3: Comportements suicidaires et autodestructeurs
2.6 Conséquences à long terme 4: Abus de substances psychotropes
2.7 Conséquences à long terme 5: Comportements obsessifs et compulsifs, sexualité à risque, etc.
2.8 Conséquences à long terme 6: Émergence de comportements criminels



