Partie 2.6

Mieux comprendre les conséquences des agressions sexuelles

Conséquences à long terme 4: Abus de substances psychotropes

 

Il est possible également que, suite aux évènements d’abus de ton enfance, la consommation de drogue et d’alcool soit entrée dans ta vie. En fait, les adolescents ayant été victimes d’abus sont deux fois plus enclins à utiliser de l’alcool (48,4 %) et trois fois plus enclins à consommer des drogues (23,7 %) avant l’âge de 12 ans. Le risque est d’autant plus élevé chez les jeunes ayant été victimes de violence physique et sexuelle qui présentent une fréquence de consommation plus élevée et une plus grande variété dans l’utilisation des substances consommées. Alors que l’usage de substance permet de gérer la souffrance psychologique et de faciliter l’interaction avec les autres, à long terme son usage entrave le développement des habiletés sociales et des mécanismes d’adaptation. À l’âge adulte, les conséquences de la consommation abusive d’alcool sont : les problèmes relationnels, le revenu salarial plus faible, de l’impulsivité et un risque d’itinérance ou de marginalisation.

Comme nous l’avons vu, les violences sexuelles sont en lien avec divers symptômes traumatiques (insomnie, hypervigilance, flashback et cauchemars) et face à ces symptômes, tu peux être porté, comme plusieurs hommes, à utiliser diverses substances afin d’apaiser ta souffrance, de fuir les problèmes dans ta vie ou encore d’atténuer tes sentiments de colère, de solitude ou de tristesse. Pour plusieurs, l’alcool et les drogues sont une forme d’automédication. De façon générale, la substance consommée varie en fonction des symptômes que l’usager tente de contrebalancer en consommant. L’héroïne sert à diminuer les sentiments de rage et l’agressivité, la cocaïne servirait d’antidépresseur et l’alcool permettrait pour plusieurs de contrer les symptômes d’insomnie, les cauchemars et autres symptômes d’hypervigilance. Plusieurs substances sont également utilisées, soit pour augmenter les performances sexuelles, diminuer les inhibitions ou pour contrer les dysfonctions sexuelles, tant de problématiques pouvant être liées à l’abus sexuel vécu. Puisque l’usage de substance permet de diminuer les émotions désagréables et les symptômes pouvant découler du traumatisme, il est important, au moment de l’arrêt de la consommation, de prendre en compte l’aspect adaptatif de l’usage, car le sevrage peut entraîner une recrudescence des symptômes de stress et ainsi, te pousser à consommer de nouveau. De ce fait, chez les personnes présentant une problématique de consommation, il serait d’autant plus important d’accorder notre attention sur les mécanismes psychologiques associés au trauma, qu’à l’arrêt et le contrôle de la consommation. Selon plusieurs études, les symptômes post-traumatiques associés au trauma fourniraient une meilleure explication à la sévérité de la consommation que la présence d’une histoire de trauma en elle-même. Certains auteurs indiquant que l’amélioration du PTSD est généralement associée à une diminution de la consommation. Cependant, afin d’aborder le trauma et les émotions associées, il est impératif que l’usager soit abstinent. De ce fait, une approche d’intervention permettant de prendre en compte simultanément l’arrêt de la consommation et la gestion des symptômes et des émotions associés au trauma serait à privilégier.

Le cycle de la dépendance, selon le modèle psychosocial de Peele, peut être utilisé en vue de comprendre une panoplie de problèmes addictifs (alcool, boulimie) et comportementales (compulsion, geste autodestructeur, violence).

Mise en situation

  • Déclencheur : Ton travail te cause du stress, tu ne te sens pas à la hauteur et cela affecte ton estime de toi et te fait vivre de l’insomnie.
  • Intoxication : Afin de diminuer ton anxiété et faciliter l’endormissement, tu prends un verre en arrivant du travail, c’est ton « rituel de détente ».
  • Sensation de bien-être transitoire : Lorsque tu es intoxiqué, tu te sens libéré de tes émotions désagréables. Mais avec le temps, tu nécessites d’augmenter le nombre de verres, car un processus d’accoutumance s’installe.
  • Exacerbation des difficultés : Avec le temps et l’augmentation de ta consommation, il t’est de plus en plus difficile de te motiver au travail et tu commences à avoir des difficultés de concentration. Tu fais de plus en plus d’erreurs d’inattention et cela augmente ton sentiment d’incompétence et ton anxiété.
  • Période de surconsommation : Après une très mauvaise journée, tu rentres chez toi et consommes jusqu’à être ivre.
  • Difficulté psychosociale : Ayant oublié de mettre ton alarme, tu te réveilles en retard et ton patron n’est pas content, ce qui augmente encore ton anxiété au travail. Cette fois, tu te promets de ne plus consommer. Jusqu’à ce que la souffrance devienne insupportable…ou que tu décides de chercher des solutions alternatives afin de régler tes problèmes de vie. Généralement, le cycle de dépendance qui diminuait l’émotion désagréable à court terme, ne fait qu’augmenter les problématiques de vie à long terme et enclenche un cercle vicieux qui ne cesse d’accélérer avec le temps.

Il est possible que tu penses être en contrôle alors que c’est la substance qui est rendu à diriger ta vie. Si tu es rendu à ce point dans ta consommation ou si tu as peur d’avoir perdu le contrôle, tu peux aller chercher de l’aide auprès de différentes ressources en toxicomanie selon ton secteur. Ces différentes ressources pourront t’aider en t’accueillant sans jugement et en voyant les différents moyens que tu peux utiliser pour réduire ta consommation et ce, de manière adaptée à tes besoins.

L’organisme les Alcooliques-Anonymes dispose d’une bibliothèque électronique dans laquelle tu peux retrouver les livres expliquant l’histoire du mouvement des AA et leurs méthodes, en vue de t’informer sur le processus de rétablissement et d’entamer une réflexion personnelle. 

Ou choisis un autre sujet plus bas.

Sources
BERNIER, Y. (2006). Perspective psychosociale du vécu des hommes ayant été agresses sexuellement au cours de leur enfance ou de leur adolescence.
HARRISON, P. A., Fulkerson, J. A., & Beebe, T. J. (1997). Multiple substance use among adolescent physical and sexual abuse victims. Child abuse & neglect, 21(6), 529-539. 
KÉDIA, M., & Sabouraud-Séguin, A. (2020). Aide mémoire de psycho-traumatologie (3e ed.): Dunod.
LIEBSCHUTZ, J., Savetzky, J. B., Saitz, R., Horton, N. J., Lloyd-Travaglini, C., & Samet, J. H. (2002). The relationship between sexual and physical abuse and substance abuse consequences. Journal of substance abuse treatment, 22(3), 121-128.
SIMONEAU, H., & Guay, S. (2008). Conséquences de la concomitance des troubles liés à l’utilisation de substances et à l’état de stress post-traumatique sur le traitement. Drogues, santé et société, 7(2), 125-160.
ST-YVES, A. (2011). Les dépendances en questions québec (Québec): Les éditions Saint-Yves inc.
INSTITUT NATIONAL DE SANTÉ PUBLIQUE (2018, Avril○5) Définition de l’agression sexuelle. Consulté sur https://www.inspq.qc.ca/rapport-quebecois-sur-la-violence-et-la-sante/les-agressions-sexuelles/definition-de-l-agression-sexuelle 
MATHEWS, F. (1996). The invisible boy: Revisioning The Victimization of Male Children & Teens. Commwlity Psychologist Central Toronto Youth Services.
POPIEUL, J.-T. (2015). Perceptions des hommes abusés sexuellement dans l’enfance et l’adolescence sur leurs parcours dans les services d’aide.